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De plus en plus d’Américains vivant à l’étranger se heurtent aux conséquences pratiques de leur nationalité américaine. Le magazine français Le Point a récemment consacré un article à cette évolution, en donnant la parole à d’anciens Américains, à des binationaux et à Daan Durlacher, cofondateur d’Americans Overseas. D’après les chiffres cités, environ 4 820 Américains ont renoncé à leur citoyenneté en 2024, soit une hausse de 48 % par rapport à l’année précédente.
Derrière ces chiffres se trouvent des situations personnelles très différentes. Pour certains Américains, la renonciation à la nationalité américaine peut être une décision politique ou émotionnelle. Pour de nombreux Accidental Americans et binationaux, elle est surtout pratique. Ils sont confrontés aux règles fiscales américaines, aux obligations FATCA, aux questions des banques, aux frais de déclaration et à une incertitude administrative récurrente.
Pour ce groupe, il ne s’agit généralement pas de rejeter les États-Unis. Il s’agit plutôt de savoir s’il est possible de mener une vie financière normale dans le pays où l’on vit réellement.
Daan Durlacher distingue plusieurs groupes d’Américains vivant à l’étranger. Pour les expatriés qui conservent encore des liens forts avec les États-Unis, renoncer à la nationalité américaine peut parfois avoir une dimension politique. Pour les binationaux, la situation est souvent différente :
« Chez les binationaux, c’est surtout une question financière. »
Cette distinction est essentielle. De nombreux Accidental Americans sont nés aux États-Unis, mais ont quitté le pays lorsqu’ils étaient bébés ou enfants. Leur vie se déroule entièrement hors des États-Unis. Pourtant, les États-Unis continuent de les considérer comme des citoyens américains et donc comme des US persons.
Esmée, l’une des personnes interrogées, possède la nationalité néerlandaise et est née aux États-Unis. Elle a quitté le pays après seulement quelques mois. Elle n’a jamais travaillé aux États-Unis, mais reste confrontée à des obligations fiscales américaines.
« Je n’ai aucun lien personnel avec les États-Unis. Je n’y ai jamais vraiment vécu. Je ne vois aucun avantage à conserver cette nationalité. »
Cette frustration est familière à de nombreux Accidental Americans. Ils ne vivent pas leur nationalité américaine comme un choix conscient ou une identité active, mais comme une source récurrente d’obligations.
Le cœur du problème est le système américain de citizenship-based taxation. Les citoyens américains doivent en principe déclarer chaque année leurs revenus mondiaux à l’IRS, même lorsqu’ils vivent et travaillent hors des États-Unis.
Cela ne signifie pas toujours qu’ils doivent effectivement payer de l’impôt aux États-Unis. Des mécanismes tels que le Foreign Tax Credit ou la Foreign Earned Income Exclusion peuvent souvent limiter ou éviter une double imposition. Mais l’obligation déclarative demeure. Même lorsqu’aucun impôt, ou très peu d’impôt, n’est dû, les formulaires, les délais et les règles de déclaration peuvent rester complexes.
Pour de nombreux Américains à l’étranger, c’est précisément le problème. Ce n’est pas toujours l’impôt lui-même qui pèse le plus, mais l’obligation annuelle de tout déclarer correctement.
Un exemple français montre jusqu’où peuvent aller les obligations déclaratives américaines. Rafaël, qui possédait les nationalités française, britannique et américaine, ne gagnait pas assez pour devoir payer de l’impôt aux États-Unis. Il devait pourtant déposer une déclaration fiscale américaine.
« Parfois, il fallait déclarer des choses absurdes, comme les intérêts de mon Livret A, défiscalisé en France mais pas aux États-Unis. »
Pour les Américains en Europe, cette situation est reconnaissable. Des produits financiers ordinaires dans le pays de résidence peuvent devenir complexes au regard des règles américaines. Cela peut concerner des comptes d’épargne, des fonds d’investissement, des produits de retraite, des structures d’entreprise, des comptes joints ou des actifs détenus dans plusieurs pays.
À côté de l’obligation de déclaration fiscale, FATCA joue un rôle important. Les institutions financières étrangères doivent identifier et déclarer les titulaires de comptes américains. Les personnes nées aux États-Unis ou titulaires d’un passeport américain reçoivent donc souvent des questions supplémentaires de leur banque.
Pour les Accidental Americans, cela peut sembler disproportionné. Ils ont parfois vécu toute leur vie aux Pays-Bas, en France, en Allemagne, en Belgique ou en Suisse, mais les banques peuvent continuer à les traiter comme des US persons.
Les employeurs ou les institutions financières peuvent également se montrer plus prudents lorsque le statut américain d’une personne entraîne des complications administratives. Pour certains binationaux, la nationalité américaine est alors vécue moins comme un avantage que comme une charge.
Le gouvernement américain a réduit les frais de traitement administratif d’un Certificate of Loss of Nationality de 2 350 dollars à 450 dollars. Cette modification est en vigueur depuis le 13 avril 2026.
Cette baisse rend la procédure plus accessible financièrement. Pour les Accidental Americans en particulier, les anciens frais représentaient un obstacle important, d’autant que beaucoup souhaitent renoncer à une nationalité qu’ils n’ont jamais consciemment choisie ou activement utilisée.
Cependant, des frais moins élevés ne rendent pas la renunciation simple. Toute personne qui envisage cette démarche doit encore examiner les déclarations fiscales américaines antérieures, les obligations FBAR, les obligations FATCA, d’éventuels retards de conformité, le Form 8854 et les éventuelles conséquences liées à l’exit tax.
La baisse des frais supprime donc un coût, mais pas la complexité fiscale.
La renunciation est parfois perçue comme un moyen de mettre définitivement fin aux obligations américaines. En pratique, cette étape demande une préparation minutieuse.
Toute personne qui renonce à la nationalité américaine doit comprendre les conséquences fiscales. Une question centrale est de savoir si les déclarations fiscales américaines précédentes ont été correctement déposées et si la personne peut certifier qu’elle a respecté ses obligations fiscales américaines pour les années précédentes.
Pour les Accidental Americans, cette situation est souvent frustrante. Ils souhaitent mettre fin à un lien administratif avec les États-Unis, mais doivent d’abord vérifier si ces mêmes obligations américaines ont été correctement traitées.
Americans Overseas a désormais accompagné environ 37 000 personnes. Le groupe le plus susceptible de renoncer à la nationalité américaine est souvent composé de binationaux et de personnes plus diplômées. Daan Durlacher explique cela notamment par le fait que ces personnes ont plus souvent des situations fiscales complexes et les moyens financiers d’aller réellement au bout de la procédure.
Cela correspond à la pratique. Plus la vie financière d’une personne devient complexe, plus les obligations déclaratives américaines peuvent peser lourd. Une situation simple peut encore rester gérable. Mais les investissements, la retraite, l’entrepreneuriat, les successions, l’immobilier ou les actifs répartis dans plusieurs pays peuvent rapidement rendre les obligations fiscales américaines beaucoup plus difficiles à gérer.
Renoncer à la nationalité américaine ne signifie pas la même chose pour tout le monde. Certains Américains vivent cette décision comme une rupture personnelle ou politique avec les États-Unis.
Lily, une Américaine vivant aujourd’hui en Suisse et possédant également la nationalité belge, décrit un deuxième passeport comme un privilège important. Pour elle, renoncer à la nationalité américaine relevait moins d’une décision fiscale que d’une rupture politique et personnelle :
« Renoncer à ma nationalité, c’était une forme de rébellion contre mon pays. »
Pour les Accidental Americans, la situation est souvent différente. Ils n’ont généralement pas de lien personnel fort avec les États-Unis et recherchent surtout de la clarté. La décision concerne alors moins l’identité ou la politique que les obligations fiscales, les relations bancaires et la tranquillité administrative.
En même temps, un passeport américain peut aussi être perçu comme un filet de sécurité. En cas de crise grave, la valeur d’une deuxième nationalité peut être ressentie différemment. Daan Durlacher souligne qu’une guerre ou une crise majeure en Europe ferait probablement baisser le nombre de renonciations, car certaines personnes pourraient de nouveau voir la nationalité américaine comme une porte de sortie.
Cela montre à quel point cette décision est personnelle. Un passeport américain peut être lourd sur le plan administratif, mais il peut aussi être perçu comme précieux dans certaines circonstances.
Renoncer à la nationalité américaine est une décision importante et, en principe, définitive. Même après la renunciation, il peut être nécessaire de prouver que l’on n’est plus citoyen américain. Le Certificate of Loss of Nationality reste donc un document essentiel.
Rafaël le résume ainsi :
« Je dois expliquer que je suis né aux États-Unis, mais que je ne suis plus Américain. Je dois fournir mon Certificate of Loss of Nationality. C’est un document dont j’aurai besoin toute ma vie. »
La renunciation peut apporter de la tranquillité, mais ce n’est pas une démarche légère. Le choix doit être soigneusement évalué, tant sur le plan fiscal que personnel.
Certaines personnes continuent aussi à douter après la décision. Lily décrit cette incertitude ainsi :
« Parfois, j’ai peur d’avoir gâché ma vie en prenant cette décision. Mais c’était peut-être simplement le chemin que je devais suivre. »
Ce doute montre que la renunciation est plus qu’un acte administratif. Elle peut toucher à l’identité, à la sécurité, à l’histoire familiale et aux projets d’avenir.
Ce sujet ne concerne pas uniquement les citoyens américains. Les titulaires d’une Green Card peuvent eux aussi rester soumis à des obligations fiscales américaines après avoir quitté les États-Unis.
Carl-Henrik, un développeur suédois, a déménagé aux États-Unis en 1999 avant de retourner plus tard en Europe. Il aurait pu conserver sa Green Card, mais cela signifiait rester soumis à des obligations fiscales américaines :
« On peut partir et conserver sa Green Card, mais il faut alors continuer à payer des impôts. »
Pour lui, la situation est devenue trop compliquée, notamment parce qu’il détenait des réserves de retraite à la fois aux États-Unis et en Suède, qu’il devait déclarer dans les deux pays. Il a finalement renoncé à son statut de résident permanent.
Pour les titulaires d’une Green Card, c’est un point important. Conserver ou abandonner un statut d’immigration peut avoir des conséquences fiscales, même lorsque l’on ne vit plus réellement aux États-Unis.
L’attention croissante portée à la renunciation montre à quel point les obligations américaines peuvent peser sur les personnes vivant hors des États-Unis. Pour les Accidental Americans, renoncer à la nationalité américaine n’est généralement pas une décision politique. C’est souvent une tentative de résoudre une situation créée par la naissance, la double nationalité et un système fiscal qui s’étend bien au-delà des frontières américaines.
Toute personne qui envisage la renunciation devrait d’abord obtenir de la clarté sur des questions telles que :
La réduction des frais à 450 dollars rend la procédure plus accessible. Mais renoncer à la nationalité américaine reste une décision personnelle, fiscale et juridique. Un choix prudent commence par une bonne compréhension de ses obligations américaines.
Nous, les fondateurs d’Americans Overseas, sommes nés aux Pays-Bas et avons obtenu la nationalité américaine par notre mère américaine.
Lorsque nous avons découvert pour la première fois, vers 2013, les implications de la convention fiscale entre les États-Unis et les Pays-Bas, nous avons ressenti de l’incrédulité (« ce n’est pas possible »), de la colère (« comment peuvent-ils faire ça ? »), de la peur (« vais-je recevoir une amende ou avoir des problèmes ? ») et de la panique (« que dois-je faire ? »).
Malheureusement, il est vrai qu’il existe une obligation fiscale américaine pour certains citoyens ayant acquis la nationalité américaine à la naissance. Il n’y avait pratiquement aucune information de la part des autorités locales, le consulat américain nous renvoyait vers l’IRS, et l’IRS lui-même était difficilement accessible.
C’est pour cette raison que nous avons lancé cette initiative : aider d’autres personnes avec des informations fiables, éviter une panique inutile et offrir une aide gratuite et sans engagement. Si nécessaire, nous pouvons également vous mettre en relation avec un réseau de professionnels abordables, notamment des comptables, qui peuvent vous aider à respecter vos obligations fiscales américaines.
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